Toutes ces âneries sur les femmes

 

Quelques lignes sur le sens de la pièce, l'auteur et ses motivations

 

 

Une de mes lectrices bien aimées (une jeune fille de 21 ans) m'a écrit qu'elle s'est bien amusée, mais que je ne comprenais rien aux femmes. (J"ai été ravi de lire que « les femmes ne sont pas les hommes comme les autres »...) Elle ne m'a pas encore précisé ce qu'elle entendait par cette affirmation. Elle a sûrement raison, ce n'est pas pour rien que mon épouse me surprend encore, au bout de 40 ans.

 

Elle a ajouté: Mais il n’y a probablement aucun homme qui peut nous connaitre et comprendre entièrement, nous les femmes, alors tu es excusé ! -:)

 

Je lui ai répondu: Devrions-nous essayer de vous comprendre entièrement? Ce serait bien ennuyeux. Il est plus amusant de vous découvrir peu à peu - dans les deux sens du terme - et de recommencer toujours et encore... Par ailleurs, est-ce que tu crois que les femmes comprennent les hommes? Il ne manquerait plus que cela.

 

Si ma pièce, jouée par des femmes, semble par moment un peu trop "masculine", cela ne provient pas uniquement de mon incapacité, réelle ou supposée, de les comprendre, mais aussi du fait qu'à une exception près les citations utilisées ont été écrites par des hommes.

 

Je n'avais aucune envie d'écrire une pièce "féministe". D'ailleurs, à quel titre l'aurais-je fait? Mon fils me traite de "macho". Une des lectrices slovaques, très hostile à la pièce, a fini par atténuer ses propos par : Disons, que ce sont des gamineries de deux auteurs vieillissants. En parlant de deux auteurs, elle pensait à moi, mais aussi à Benoit Vitse, excellent auteur et metteur en scène qui m'a aidé à écrire ces Aneries.

 

Ce qui m'intéressait plus était de moquer la bêtise des hommes dans leurs rapports aux femmes (principalement celle-là ; cependant, je n'oublie pas que l'idiotie n'a pas de sexe). Et d'insinuer en même temps que les relations hommes-femmes ne sont pas déréglées uniquement à cause de la bêtise masculine, il y a probablement encore d'autres raisons:

 

- Entre eux, les hommes doivent se battre pour établir une hiérarchie qui leur permet de chasser ensemble. La chasse ne laisse pas assez de temps pour des palabres démocratiques. La guerre non plus. Pendant des millénaires, c'étaient les principales occupations de nos ancêtres masculins... qui appliquaient le même modèle à leurs relations avec les femmes, les dominaient quand ils le pouvaient, en supposant, consciemment ou pas, que les femmes allaient se battre, comme les hommes, pour défendre leurs intérêts. Ils ne devaient même pas comprendre pourquoi souvent les femmes se laissaient faire. Ces raisons sont complexes et il n'est pas facile de s'y retrouver. Par ce procédé, ils ont "gagné" par rapport aux femmes et ils en profitent encore aujourd'hui.

 

 

Gustave Doré (extrait)

- Les mâles, y compris ceux de notre espèce, sont en compétition pour les femelles et s'ils sont plusieurs à désirer la même ils se battent. Normalement, celle qu'ils convoitent s'offre au gagnant. Chez les humains, ces combats sont généralement moins visibles et plus variés que chez les animaux, mais ils peuvent être tout aussi sauvages. Comme les femmes, elles aussi, choisissent le gagnant parce qu'il leur semble le plus puissant, donc le meilleur géniteur, père et partenaire, certains "mâles" peuvent bêtement (c'est le cas de le dire) penser qu'ils doivent continuer à manifester leur force sous forme de violence dans leur relation avec les femmes - même si c'est primitif, inacceptable de la part d'un humain et le plus souvent contreproductif.

 

- Pour les hommes les femmes sont très attirantes et importantes. Si, parfois, ils les haïssent, cela vient probablement de la peur d'être refusés par elles car, en plus de privation sexuelle et d'empêchement de procréer (motivation le plus souvent subconsciente, bien plus forte qu'on ne le pense habituellement), cela signifie qu'ils ne sont pas à la hauteur. Ce sentiment humiliant engendre le complexe d'infériorité, source inépuisable de la colère et de la violence dont le mépris est une des formes.


- Le mépris et la haine, même si ces deux sentiments ne sont pas l'attitude générale et immuable des hommes vis à vis des femmes, sont fréquents et peuvent venir, en plus des autres raisons évoquées, des relations des hommes avec leur mère - mais cela doit varier très fortement d'une civilisation à l'autre, d'une famille à l'autre, d'un individu à l'autre.

 

- Les hommes sous-estiment facilement les femmes car ils ne comprennent pas leur façon de percevoir et de penser le monde, très différente de la leur. (L'inverse est probablement tout aussi vrai...) Puis-je me permettre de le constater, sans vouloir excuser ainsi quoique ce soit ?


- Enfin, la différence de nos organes sexuels intrigue, parfois inquiète (les hommes comme les femmes), il faut des occasions et du temps pour nous apprivoiser mutuellement - et avant d'y parvenir, on peut dire, écrire et faire bien d'âneries, d'opprimer et même de commettre des crimes.

 

Peter Bu

 

Kobylinski Szymon - Wydaw. Artystyczno-graphiczne, Pologne,1961

 

 

N.B.: La version longue de la pièce exprime sans doute mieux mes intentions, mais la version courte ci-contre (environ la moitié du texte d'origine) est plus facile à jouer.